Alien - Aprile 1997
Préambule
Les Berbères ont, durant toute leur histoire, résisté à de nombreuses agressions , suivies d'occupations, partielles certes, mais s'étalant sur des périodes très longues (phénicienne, romaine, arabe, ottomane, portugaise, espagnole, française; sans compter les " passages" des byzantins et des Vandales.
Curieux destin que celui du Berbère: il a assimilé la civilisation de chacun, sans perdre la sienne, mais sans pouvoir l'imposer, non plus, au nouveau venu.
La Berbérité est le patrimoine culturel et l'Histoire de tous les Algériens et du Maghreb, elle va même au delà, dans les pays limitrophes d'Afrique. Le Niger, le Mali, les Iles Canaries parlent le Berbère même si beaucoup ignorent cette langue pour la bonne raison qu'elle n'est nulle part officiellement enseignée mais au contraire étouffée.
En Algérie, par calcul politique, la culture berbère a toujours été combattue, refoulée. Tous les pouvoirs successifs ont affiché leur volonté de réduire la langue berbère à l'état de dialecte marginal.
Après 35 ans d'indépendance, La culture berbère fait toujours l'objet de mépris et d'ostracisme.
Pour bien comprendre la genèse de la question berbère, dans l'Histoire récente de l'Algérie, on distinguera trois périodes:
1. Avant l'indépendance
a) La politique coloniale:
Le phénomène colonial a été déterminant dans le refoulement
de la question berbère, par ses stratégies politiques,
militaires, économiques et culturelles (mythe de la politique
berbère, destructions et répressions massives, expropriations,
oppression, exploitation, dévalorisation de la langue berbère
orale au profit de la langue française et parfois de la langue
arabe). En raison de ses intérêts culturels au Moyent-Orient et
fidèle à une tradition diplomatique et géopolitique musulmane
depuis des siècles, la France ne pouvait concevoir une politique
"Berbère" au Maghreb. Il y a au effectivement
utisation idéologique intensive de la spécifité
"berbère" mais il n' a jamais eu de traduction
concrète signficative. Tout au long de la colonisation cette
spécifité n'a constitué qu'un discours de division.
b) La crise au sein du PPA-MTLD:
Dans les deux premières phases du développement du mouvement
national (1926-1937 et 1945-1949), un courant radical formé en
grande majorité de berbérophones, a essayé d'orienter le
mouvement vers une direction socialiste, démocratique et laïque
avant de le propulser dans la lutte anticoloniale ouverte. Dans
les années 45-50, Ils ont en particulier demandé la
redéfinition de l'identité nationale et des structures du
mouvement. Suspects et combattus, vus comme des tra"tres, on
a ordonné leur liquidation politique et parfois physique.
Bénéficiant d'un soutien au Maghreb et au Moyent Orient, les milieux arabo-islamiques ont réussi à investir le mouvement national et à lui imposer leur orientation.
Cette crise, dite "berbériste", résolue de manière violente et bureaucratique, a entra"né la mise en parenthèse de la question berbère durant toute la période de la guerre de libération.
2. De l'indépendance au printemps berbère
Très vite après 1962, sont relayées l'idéologie
bathiste et les pratiques du PPA-MTL, restées en vigueur
pendant la guerre de libération. Les actes de repression
s'accentuaient contre la culture berbère. Cette repression
allait provoquer dans la jeunesse en Kabylie, à Alger et en
émigration, une prise de conscience considérable. Une
véritable nébuleuse allait s'engager dans un formidable travail
culturel et pédagogique . La vision politique des problèmes de
culture et de langue se diffusait dans la mouvance culturelle
berbère. Un projet de société laïque et démocratique,
pluraliste aux plans linguistique et culturel, se dessinait
ouvertement. Ce processus parallèle de travail culturel et de
politisation va permettre le "Printemps berbère".
1980 : Le Printemps berbère
L'Université de Tizi Ouzou qui a ouvert ses portes en 1977 est
devenue le lieu où le combat pour la culture berbère a vite
mri. Des problèmes de fond allaient être posés.
L'événement qui allait tout déclencher est l'annulation de la
conférence que devait donner Mouloud Mameri à
l'université de Tizi-ouzou. Ce dernier n'arrivera pas au campus
universitaire, son véhicule ft détourné sur le siège de
la Wilaya.
Ayant appris la nouvelle de l'arrestation, la population universitaire indignée s'organisait et diverses actions sont immédiatement envisagées par des militants de longue date dont le Dr SADI, actuellement Secrétaire Général du RCD, principal parti d'opposition démocratique. Cette mobilisation des citoyens a paralysé la Kabylie et commençait à se généraliser à travers tout le pays.
Le pouvoir procède alors à la plus grande répression que l'Algérie indépendante n'ait jamais connue.
3. De 1980 à nos jours
De 1980 au 28 /11/ 1996
Cette période est caractérisée par les émeutes de 1988 et
l'instauration du multipartisme politique. Depuis 1988, on a
assisté à une très forte remobilisation pour le combat
identitaire. L'événement majeur est la grève de l'école qui a
duré pratiquement une année et qui a obligé les autorités à
prendre en compte la revendication culturelle et linguistique. La
création du HCA (Haut Commissariat à l'Amazighité ) est un
acquis important. Malgré certaines entraves, il a réussi à
intégrer, pour la première fois dans l'Histoire de l'Algérie,
Tamazi(t dans l'école algérienne. Le HCA, a préparé un
programme ambitieux pour réhabiliter l'Amazi(ité en tant que
Langue, Culture et Histoire.
Constitution du 28/11/1996
Après l'élection du président Zéroual le 16 novembre 1995,
l'on s'attendait à la constitutionnalisation de Tamazi(t en tant
que langue nationale et officielle, comme il s'est engagé à la
faire devant le peuple algérien. Le courant
islamo-bathiste allait se mobiliser pour contrecarrer
l'amazi(ité ( parfois de manière virulente, notamment à propos
d'un séminaire que devait tenir le HCA à Batna ).
Par manque de courage politique, le Président Zéroual a préféré faire d'importantes concessions au courant conservateur que de satisfaire une revendication populaire et légitime. L'Amazi(ité, une des trois composantes de l'identité algérienne demeure marginalisée et non prise en charge par l'Etat.
Conclusion
Toutes les revendications identitaires ont été montrées comme des tentatives d'atteinte à l'unité nationale et de division. Mais comme l'a très bien dit Kateb Yacine : Quels sont réellement les diviseurs? Ne sont-ils pas ceux qui nient et qui étouffent Tamazi(t, notre première langue nationale. Ne sont-ils pas ces faux patriotes, les négateurs d'eux-mêmes ? Ceux qui ont honte de leurs origines et qui, en plus s'acharnent sur leur propre culture, leur propre identité.
K.Redjdal
Alien - Aprile 1997